Film coréen de Park Chan-Wook, 2000.
lundi 20 avril 2009, par Bernard MARTIAL
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Dans le poste de garde situé du côté nord du « pont de non-retour » de la « zone commune de sécurité » (JSA) près de Panmunjom, deux soldats nord-coréens ont été tués par un soldat du sud qui a réussi à s’enfuir. Cet incident a provoqué une grave crise diplomatique entre la Corée du Nord et la Corée du Sud et un regain de tension militaire. Au point que les deux parties demandent au Comité de Supervision des Nations Neutres de mener une enquête. Elle sera conduite par le capitaine suédois Perrson et la major Sophie E. Jean, officier suisse d’origine coréenne. Les deux experts se rendent sur les lieux et interrogent les survivants : le sergent Lee Soo-Hyuk qui est accusé de la mort du lieutenant Choi Man-Soo et du soldat Jung Woo-Jin, le soldat sud-coréen Nam Sung-Shik qui était de service cette nuit-là avec le sergent Lee dans la guérite sudiste et le sergent nord-coréen Oh Kyung-Pil qui a été blessé dans l’affrontement. La major Sophie E.Jean découvre bientôt que l’histoire est beaucoup plus complexe qu’elle y paraît.
La suite du film nous apprend, en effet, par une série de flashbacks que le sergent Lee a fait la connaissance en février du sergent Oh et du soldat Jung dans des conditions particulières. Alors que son groupe s’était égaré au Nord, le sergent Lee s’était retrouvé seul et piégé par une mine. Oh et Jung l’en avaient délivré et s’en étaient allé. Et puis, le sergent Lee avait eu l’idée de traverser le pont la nuit et, progressivement, une forme d’amitié était née entre ces trois hommes. En septembre, le soldat Nam avait fini par se joindre à eux malgré ses réticences. Le 28 octobre, ils fêtaient tous les quatre l’anniversaire du soldat Jung quand le drame est arrivé. Que s’est-il passé ? L’enquête évolue mal. Le soldat Nam dont rien n’indiquait a priori la présence sur les lieux se jette par la fenêtre et les autorités militaires des deux pays se crispent. Veut-on vraiment savoir ou continuer à jouer le jeu des confrontations idéologiques ? Un général découvre d’ailleurs opportunément des informations sur le père du major Sophie E. Jean qui conduisent à son dessaisissement. Le sergent Lee lui-même ne se remettra pas de cette affaire.
Depuis le cessez-le-feu du 23 mars 1953, la frontière entre les deux Corée est constituée par une zone-tampon suivant approximativement le 38e parallèle. Appelée (par antiphrase probablement) « zone démilitarisée » cette bande de territoire de 248 km sur 4 kilomètres de large (en moyenne) concentre 700.000 soldats nord-coréens, 410.000 soldats sud-coréens et des troupes de la 2e division d’infanterie des Etats-Unis ainsi que des moyens militaires invraisemblables. Le site de Panmunjom (voir carte) nommé Joint Security Area abrite les bâtiments où fut signé l’armistice et où sont menées encore les négociations bipartites. De part et d’autre de ce lieu hautement symbolique, les haut-parleurs des deux pays surenchérissent de décibels dans la propagande politique. Park Chan-Wook n’a pas pu évidemment tourner sur les lieux même mais la reconstitution est saisissante. Sorti après le début de la détente entre les deux Corée (marquée par la rencontre entre les présidents Kim Dae-Jung et Kim Jong-Il, le 13 juin 2000), le film a eu un très gros impact en Corée du Sud où la question de réunification reste très sensible. D’autant que pour la première fois dans la production cinématographique généralement très propagandiste on présentait des soldats nord-coréens très éloignés des caricatures. Cette amitié possible entre les hommes au-delà des idéologies politiques a ému beaucoup de monde comme a pu le faire en France Joyeux Noël de Christian Carion qui parle de fraternisation entre Français et Allemands pendant la Première Guerre Mondiale.
Le succès de ce film tout en nuances et en humanité repose sur le scénario adapté du roman homonyme de Park Sang-Yeon, sur les qualités de réalisateur de Park Chan-Wook qui réalisait là son premier film important (avant Sympathy for Mr Vengeance, Old Boy et Lady Vengeance) mais aussi sur l’interprétation des acteurs principaux : Song Kang-Ho (Shiri, Memories of murder, Sympathy for Mr Vengeance, Host) qui incarne avec finesse ce sergent Oh courageux, humain et faussement naïf quand il s’agit de jouer la comédie du militantisme pour survivre, Lee Byung-Hun consacré en 2005 par le film de Kim Jee-Won A bittersweet life, et Lee Yong-Ae à laquelle Park Chan-Wook confiera le rôle de Geum-Ja dans Lady Vengeance. Premier au box-office en Corée en 2000 (plus de cinq millions de spectateurs) et récompensé par de nombreux prix, JSA est une œuvre cinématographique qui montre déjà toute la maîtrise de son auteur et qui offre en outre une belle leçon d’humanisme en proposant un regard tout à fait instructif et neuf sur ce lieu et ces épisodes essentiels de l’histoire coréenne contemporaine.