Le Cas’Nard

Journal de Bernard Martial

© Bernard MARTIAL – février 2010


Lady Vengeance

PARK CHAN-WOOK : TRILOGIE SUR LE THEME DE LA VENGEANCE (3e partie), 2005.

vendredi 17 avril 2009, par Bernard MARTIAL

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Le jour de Noël 2004, Lee Geum-Ja sort de prison. En 1991, elle a été incarcérée pour l’enlèvement et l’assassinat de Park Won-Mo, un jeune garçon de cinq ans. Ce meurtre horrible par une belle et jeune femme de dix-neuf avait mobilisé les médias et ému le pays comme a surpris ensuite sa rédemption par la prière et le dévouement envers les autres prisonnières pendant toute la période de sa peine. Mais Geum-Ja est-elle un ange ou un démon, une sorcière, comme le disent les autres femmes de la prison, ou une sainte, comme le croient ceux qui l’attendent devant la maison d’arrêt en chantant des cantiques ? A dix-huit ans, alors qu’elle était encore au lycée, elle s’est retrouvée enceinte et a trouvé refuge chez un professeur d’anglais à l’apparence respectable. Mais ce que M. Baek a exigé en échange était pire que ce qu’elle pouvait imaginer. Outre les sévices qu’il lui a fait subir, il l’a forcée à avouer le meurtre de l’enfant qu’il avait lui-même commis contre la vie de sa fille qui a ensuite été confiée à des parents adoptifs en Australie à l’âge d’un an. Revenue à la liberté et employée dans une pâtisserie, Geum-Ja cherche à revoir Jenny sa fille et prépare sa vengeance. Avec l’aide d’anciennes co-détenues, elle enlève Baek et découvre qu’il a fait d’autres victimes quand elle était en prison. Dans une école abandonnée à la campagne, Geum-Ja convoque les parents des victimes et le commissaire qui avait obtenu ses aveux.

Sympathy for Mr Vengeance mettait en scène un duel entre deux hommes Ryu et Park Dong-Jin sur fond de conflit social autour du thème de l’enlèvement et de l’abnégation ; Young-Mi la jeune activiste n’était qu’un rôle secondaire. Dans Old Boy, l’affrontement était encore masculin : il mettait aux prises Oh Dae-Soo et Lee Woo-Jin et tournait autour de la thématique de l’enfermement et de la manipulation. Mi-Do le personnage féminin est la seule finalement à ne pas connaître la vérité. Conscient de ce déséquilibre, Park Chon-Wook a donc choisi de centrer son troisième opus sur un personnage féminin. Il offre à Lee Young-Ae, vedette très populaire de comédies romantiques et à l’image lisse en Corée, un rôle à contre-emploi à la hauteur de ceux qu’il avait confiés aux deux immenses stars que sont Song Kang-Ho et Choi Min-Sik. Moins dans la violence physique et plus dans la complexité d’une personnalité partagée entre la naïveté et le machiavélisme, le charme et la cruauté, la jeune actrice donne toute la consistance à ce film sur l’expiation et la rédemption impossible. Le réalisateur aborde ici d’autres thèmes comme celui des rapports entre mère et fille mais l’on retrouve des points communs avec les deux premiers opus : la présence de Choi Min-Sik, bien sûr, passé du rôle de l’hirsute Oh Dae-Soo au pervers M. Baek mais aussi la référence aux kidnappings d’enfants qui tournent mal. La réplique « Il y a les bons et les mauvais enlèvements. Les bons sont ceux où l’on rend l’enfant en bonne santé à ses parents » prononcée par Baek était déjà dans le premier film. C’est Young-Mi qui la disait. Mais si la mort de la petite Yu-Sun était accidentelle celles des victimes du professeur ne l’est pas et ce n’est pas un Park Dong-Jin mais plusieurs qui vont se venger. Dans Sympathy for Mr Vengeance, la petite Yu-Sun en voulait à ses parents de la négliger. Jenny reproche ici à sa mère de l’avoir abandonnée : « j’imaginais que j’allais te retrouver un jour pour me venger ». Mais dans ce monde terrible, les enfants ne peuvent assumer leur vengeance. Autre point commun : Old Boy et Lady vengeance se terminent tous les deux dans des paysages de neige : « vis blanc ! dit Geum-Ja à sa fille, encore plus blanc ! » avant d’enfouir sa tête dans la crème blanche de son gâteau. Doit-on révéler aussi que Oh Dae-Soo est avec sa fille dans la dernière scène.

On a tout dit sur la beauté formelle du travail de Park Chan-Wook et sur son art de souligner la violence stylisée par la musique (Vivaldi). Ici, il force sur les allers-retours temporels dans l’existence de Geum-Ja et sur les contrastes de couleurs : le bleu de la prison, le noir de la vengeance, le rouge du sang et de son maquillage, le kitsch de sa chambre sordide et des pâtisseries. Et quand le blanc revient, nous sommes comme soulagés d’en finir quand même avec tant de virtuosité esthétique et tant de vengeance et de brutalité.

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