Le Cas’Nard

Journal de Bernard Martial

© Bernard MARTIAL – février 2010


Old boy

PARK CHAN-WOOK : TRILOGIE SUR LE THEME DE LA VENGEANCE (2e partie), 2003.

vendredi 17 avril 2009, par Bernard MARTIAL

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Embarqué au poste de police pour ivresse en 1988 le jour de l’anniversaire de sa fille, Oh Dae-Soo en ressort grâce à son camarade No Joo-Hwan. Mais alors que celui-ci téléphone, Oh Dae-Soo disparaît. On le retrouve bientôt séquestré dans une pièce immonde où il n’a pour tout contact avec le monde extérieur qu’un poste de télévision et des plateaux repas passés par une trappe. Il apprend par les informations télévisées qu’il est accusé du meurtre de sa femme. Régulièrement drogué, il passe quinze années dans cette prison sordide, boxant à mains nues contre les murs et tatouant sur sa peau les années qui défilent. Un jour, il est relâché sans explication sur le toit d’un immeuble où le premier homme qu’il croise est sur le point de se suicider. Dans la rue, il a l’occasion de tester son entraînement au combat avec une bande de petits voyous puis un homme lui remet un portefeuille et un téléphone portable. Et il se rend dans un restaurant japonais où il croit reconnaître la jeune chef de cuisine vue à la télévision. Il reçoit à cet instant un appel mystérieux l’invitant à se replonger dans ses souvenirs : « le caillou et le rocher coulent dans l’eau de la même façon ». Après avoir dévoré un poulpe vivant, Oh Dae-Soo s’évanouit. Il se réveille chez Mi-Do la jeune fille ; le manque de soleil pendant toutes ces années a développé sa sensibilité à la grippe.

Oh Dae-Soo va alors chercher à comprendre en retrouvant ces lieux de sa captivité où l’on faisait livrer des raviolis frits. Premier acte de rétorsion contre ses geôliers. Puis, grâce à son ami Joo-Hwan, il remonte jusqu’à un certain Evergreen qu’il retrouve dans un appartement vide. Oh Dae-Soo veut en finir mais le commanditaire de son incarcération, le beau et élégant Lee Woo-Jin, retient Mi-Do prisonnière et donne cinq jours à Oh, jusqu’au cinq juillet, pour comprendre qui est son ennemi et surtout pourquoi il a été enlevé et reclus. Le site internet des Old Boys du lycée Evergreen ramène Oh Dae-Soo sur les traces du lycée catholique de Sangnok qu’il avait quitté pour rejoindre Séoul et de Soo-Ah qui s’est donné la mort, un 5 juillet. Une lutte implacable et désormais ouverte va maintenant entraîner Oh Dae-Soo et Lee Woo-Jin au-delà de l’horreur et du chaos dans une transe absolue digne à la fois de Tarantino et de Shakespeare, de Sergio Leone et de Sophocle (Œdipe), de Kafka (Le Procès, la Métamorphose et ces animaux partout), de Plutarque (Isis et Osiris) ou Ovide (Cinyras et Myrrha).

Servi par la composition hallucinante de Choi Min-Sik (vu dans Shiri, Ivres de femme et de peintures, Frères de sang, Lady vengeance ou Spring time) qui incarne la métamorphose d’Oh Dae-Soo et par celle non moins inquiétante de Yoo Ji-Tae dans le rôle de Lee Woo-Jin, le dandy psychopathe, le deuxième volet de la trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook nous entraîne des murs sales de la claustrophobie schizophrénique aux parois de verre glacées d’un penthouse ultra-moderne où se joue le combat psychotique entre deux monstres victimes d’un fatum tragique, d’un carreau cassé de salle de classe à des caméras indiscrètes et voyeuses. Car Oh Dae-Soo, créature d’un Docteur Frankenstein coupable et bourreau, en retrouvant la lumière croit remonter sa vie et assumer sa vengeance pour une peine incompréhensible et une condamnation injustifiée (« ma vengeance est devenue ma seule raison de vivre ») mais il ne sait pas qu’il est totalement manipulé et finalement toujours aussi bavard et vain que le banal ivrogne du poste de police qu’il était. Il faudra bien en finir avec cette langue qui parle trop ! Le spectateur envahi par la musique, ces atmosphères obsédantes, cette lumière aveuglante des lendemains d’obscurité forcée par des effets d’infographie, cette violence des corps à corps écœurants, est souvent au bord de la nausée et de l’implosion comme un cerveau croyant revenir à la raison et découvrant les rives vertigineuses de la folie, jusqu’au duel ultime. Old boy, toutefois, ne se termine pas dans la violence nihiliste et sanglante de Sympathy for Mr Vengeance mais dans la blancheur équivoque d’un paysage de neige, sans morale ni véritable message oral, et pour cause.

Le film s’inspire du manga éponyme des japonais Minegishi Nobuaki et Tsuchiya Garon sorti en 1997 que Bong Joon-Ho, le réalisateur de Memories of murder et de Host avait conseillé à Park Chan-Wook de lire. Salué par la critique et par le public, Old Boy manqua la Palme d’or du festival de Cannes 2004 présidé par Quentin Tarantino de deux petites voix mais reçut quand même le Grand Prix, plus de multiples autres récompenses. Hypnotisante, dérangeante, fascinante, époustouflante, cette grande œuvre au noir choque par sa violence morale plus encore que par sa violence physique. Cinématographiquement, elle est aussi un choc qui hisse Park Chan-Wook à la hauteur des plus grands réalisateurs.

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