PARK CHAN-WOOK : TRILOGIE SUR LE THEME DE LA VENGEANCE (1ère partie), 2002.
vendredi 17 avril 2009, par Bernard MARTIAL
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Ryu, jeune ouvrier sourd-muet, aux cheveux teints en vert, vit dans un modeste appartement aux cloisons fines avec sa sœur qui souffre d’une maladie grave nécessitant une greffe urgente de rein. Le frère attentionné veut donner un des siens mais il n’est pas du même groupe sanguin que sa sœur. Et, prêt à tout pour sauver sa sœur, il tombe dans le piège de trafiquants d’organes qui lui vole ses maigres économies et… son rein. Acculé, il décide alors, sur les conseils de sa copine Young-Mi, une jeune gauchiste activiste, d’enlever la fille du patron de Ryu qui vient de le renvoyer pour absentéisme répété. Quand la sœur découvre les raisons de la présence de la petite Yu-Sun chez eux, elle décide de mettre fin à ses jours. Ryu emmène le corps de sa sœur sur les lieux de leur enfance pour l’enterrer au pied d’un arbre. Il n’entend pas les cris de Yu-Sun qui est tombée dans la rivière. Dès lors, le film bascule dans l’horreur d’autant que Park Dong-Jin, l’ex-patron de Ryu abandonne tout pour retrouver les responsables de la mort de sa fille. Le duel entre le père et le frère les conduira jusqu’à ce cours d’eau funeste.
Tout auréolé du succès de son précédent film JSA, le réalisateur Park Chan-Wook entame avec Sympathy for Mr Vengeance le premier volet d’une trilogie violente et hyper-réaliste sur le thème de la vengeance. Ryu se venge de la mort de sa sœur, des exactions des trafiquants et de son patron, Young-Mi de ce qu’elle considère comme l’exploitation du libéralisme et Dong-Jin de la mort de sa fille, dans une mécanique fatale qui va faire passer de la comédie attendrissante et burlesque (Ryu et Young-Mi ont quelque chose des Pieds Nickelés) à la tragédie antique (Dong-Jin- Arès cherchant à venger la mort de sa fille Penthésilée tuée par un Achille-Ryu qui… périt par les talons dans les eaux du Styx). Sans moralisme ni compassion (malgré le titre), sans manichéisme ni rémission, le réalisateur nous plonge dans cette descente aux enfers noire et désespérée avec un talent de mise en scène et en images (cadrages, jeux de lumières et de hors-champs) qui se confirmera dans Old Boy. Insoutenable et terrible, le film échappe pourtant à l’étalage complaisant et absurde du déchaînement de violence grâce à l’interprétation toute en nuances des principaux interprètes et notamment de Song Kang-Ho (le père) qui s’affirme de film en film comme un des plus grands acteurs du cinéma coréen (Shiri, Memories of murder, JSA, The host).